Tournée minérale

Tournée minérale

Question écrite du 1/02/2017

  • De LEAL LOPEZ Clotilde
  • à Prévot Maxime, Ministre des Travaux Publics, de l’Action Sociale, de la Santé et du Patrimoine

Durant le mois de février, la Fondation contre le cancer organise « La tournée minérale ».
Celle-ci consiste à arrêter de boire de l’alcool pendant un mois.
Cette action promet aux participants des effets bénéfiques sur leur santé. Un meilleur sommeil, plus d’énergie, une plus belle peau ainsi qu’une perte de poids.

Dans La Libre du 27 janvier, un médecin fait part de ses craintes via les questionnements suivants : Est-elle basée sur des expériences scientifiques qui ont montré des résultats à long terme ? Ou est-ce avant tout une campagne de communication pour mettre un coup de projecteur sur le problème de l’alcool en Belgique ?

Il met également en garde contre les effets d’un sevrage trop brutal. En effet, une personne ayant de réels problèmes avec l’alcool risque de faire un delirium tremens ou une crise d’épilepsie en s’arrêtant aussi brusquement.

Contacté par mes soins, les Alcooliques Anonymes pensent qu’ils vont voir arriver dans leur association une série de participants qui vont se retrouver sans accompagnement. En effet, durant le mois de février, l’entraide sera au rendez-vous mais après ? Cela peut être une bonne chose pour eux d’être pris en main mais est-ce bien le but de l’évènement ?
Monsieur le Ministre,

Avez-vous eu connaissance de cette campagne de communication ? Ne pensez-vous pas qu’elle est un peu naïve face au problème d’assuétude et qu’elle risque de révéler chez certains un problème bien plus profond qu’une simple consommation excessive ? Cette démarche est très positive mais quel est, pour vous, la finalité de cette campagne ?

 

Réponse du ministre

Cette campagne « Tournée minérale » fait décidément beaucoup parler d’elle et atteint d’emblée l’objectif de sensibiliser chacun de nous à notre attitude face à l’alcool !

J’ai déjà eu l’occasion de faire part de ma préoccupation à propos des conséquences négatives de la consommation d’alcool en Wallonie. L’impact sur la santé des Wallons est important avec, à sa suite, une charge pour les services de santé, de la première ligne aux services spécialisés. Le tribut supporté par la société est lourd à tous les niveaux (individuel, familial, social, professionnel et économique).

La Wallonie a pris depuis longtemps des mesures concrètes pour prendre en charge ce problème. Outre l’agrément et le subventionnement de services d’aide et de soins spécialisés en assuétudes, je soutiens de nombreuses associations actives en la matière via des subventions facultatives. Je prends pour exemple le label BackSafe, octroyé par l’Agence wallonne de la Sécurité routière, conçu et organisé avec le concours de l’association Modus Vivendi, elle-même subventionnée par la Wallonie pour le label QualityNights ou encore le soutien au projet Freedom pour le sevrage de personnes alcoolo-dépendantes à domicile.

Je continuerai à soutenir ou même renforcerai ces actions puisque, dans le cadre de mon plan de Prévention et de promotion de la santé, l’alcool est repris dans les actions prioritaires à deux niveaux : celui de la promotion d’une alimentation saine et celui de la prévention des assuétudes.

Pour revenir à la campagne Tournée minérale de la Fondation contre le cancer, il s’agit d’une campagne nationale qui cadre parfaitement avec les missions de prévention de la Fondation.

Ce type de campagne, menée dans les médias, n’a pas seulement l’objectif explicite de pousser les personnes à arrêter de consommer pendant un mois, mais a également un autre but qui est de susciter un déclic au sein de la population afin de faire réfléchir chacun sur sa consommation d’alcool. La campagne aide les personnes pour lesquelles la consommation d’alcool est devenue une habitude à prendre conscience de cette habitude et à réfléchir sur le bien-fondé de celle-ci.

Il s’agit donc globalement d’une intelligente campagne de promotion de la santé puisqu’au lieu de faire peur en décrivant les effets négatifs de l’alcool, elle veille à solliciter la capacité de chaque personne à avoir une consommation responsable et, au total, un mode de vie plus sain. La participation révèle en plus un effet de groupe positif, un effet d’entraînement lié à ce défi.

La Fondation n’a pas inventé cette campagne de toutes pièces, sans se poser la question de son impact. Au contraire, cette action a été conçue et mise en place en partenariat avec le VAD, le centre de référence en Flandre en matière de prévention des assuétudes. La Fondation voulait évidemment bénéficier de l’expertise de cette importante association et travailler en concertation avec des acteurs de terrain.

En outre, des campagnes de ce type ont déjà été réalisées dans d’autres pays : aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne, par exemple, avec la campagne « Dryathlon » en janvier dernier. Des études scientifiques sur l’impact de ces campagnes ont été réalisées auprès des participants et montrent une réduction de la consommation qui perdure au-delà de la période choisie pour l’évènement, jusqu’à 6 mois. Ces études montrent également que ce type de campagne peut entraîner chez le public une meilleure gestion de la consommation d’alcool (augmentation du nombre de jours sans alcool sur une semaine, augmentation de la capacité à refuser une boisson alcoolisée lors d’évènements festifs, etc.) et également des effets physiques bénéfiques, telle la perte de poids.

La Fondation compte réaliser une telle évaluation en matière d’évolution du comportement des participants.

À propos du risque que soulève l’honorable membre d’un sevrage trop brutal, la Fondation indique sur son site qu’« Attention : Tournée Minérale n’est pas une solution en cas de consommation problématique. Tu t’interroges sur ton rapport à l’alcool ? Adresse-toi à un professionnel de la santé ou à une association spécialisée comme aide-alcool. » Les mots « aide-alcool » renvoient ces personnes à une aide en ligne (https://aide-alcool.be/), un projet soutenu également par la Wallonie.

Si cette campagne pousse des personnes dépendant de l’alcool à faire appel à des professionnels de la santé ou aux Alcooliques anonymes, je pense que c’est à nouveau un impact positif. En effet, trop de personnes restent isolées avec un problème d’alcool, loin du système d’aide et de soins.

L’honorable membre craint que les personnes n’aient plus de soutien après cette campagne. Mais je ne comprends pas cette crainte : je le répète, nous avons en Wallonie une série d’institutions de soins capables de prendre en charge les problèmes d’alcoolisme, sans parler des médecins généralistes dont certains sont spécifiquement formés pour aborder ce problème. Je soutiens à ce niveau la société scientifique de médecine générale (la SSMG), qui donne aux généralistes des formations en alcoologie.

En résumé, cette campagne, réalisée par des professionnels de la prévention, réfléchie avec des acteurs de terrain et construite sur base d’études à l’étranger, ne peut que favoriser une meilleure prise en charge par chacun de sa propre consommation d’alcool.

Pas encore d'avis

Donnez votre avis