Les données relatives à la santé des chômeurs

Les données relatives à la santé des chômeurs

Question orale du 14/02/2017

  • De LEAL LOPEZ Clotilde
  • à PREVOT Maxime, Ministre des Travaux Publics, de l’Action Sociale, de la Santé et du Patrimoine

Monsieur le Ministre,

 

L’OWS a publié un aperçu chiffré de la situation en matière de santé mentale adulte en Wallonie dans le 6ème numéro des Wallonie Santé.

En ce qui concerne les services de santé mentale, il nous apprend que plus de la moitié des nouveaux consultants sont tributaires d’une allocation de chômage, d’insertion sociale, de pension ou d’un autre revenu de remplacement. Moins d’un quart vit d’un revenu du travail et 17 % vit sans revenu.

A propos des demandes de traitement pour un problème d’usage d’alcool ou de drogue, on voit aussi que plus de sept demandeurs sur dix sont sans emploi.

Enfin, si globalement la mortalité par suicide diminue en Wallonie, on constate une augmentation des suicides chez les 50-54 ans. Cette augmentation est constatée dans l’ensemble des pays de l’Union européenne, où le taux de suicide a pourtant décliné entre 2000 et 2010. Sa baisse est sensible pour les 15-19 ans et les plus de 85 ans. En revanche le taux a légèrement augmenté pour les 50-54 ans, en lien sans doute, nous dit-on, avec la crise économique et le chômage.

Cette publication conclut qu’il reste encore du travail pour réaliser un réel monitoring de la santé mentale en Wallonie. Mais à la lecture de ce document, un lien clair entre chômage et santé mentale semble tout de même se dessiner. Dès lors, Monsieur le Ministre peut-il me confirmer ce propos ? La Wallonie dispose-t-elle de données officielles où d’études relatives aux conséquences que peut avoir le chômage sur la santé globale des personnes qui se retrouvent dans cette situation ? En effet, plusieurs études, pour la plupart étrangères, font état des conséquences marquées du chômage sur la santé des chômeurs (suicide, risques d’accidents cardio-vasculaires, cancers, assuétudes, etc.). En Wallonie, quels sont les risques sur la santé d’une personne que l’on peut directement imputer au chômage ? Peut-il enfin me faire part des mesures de santé que notre Région met en place spécifiquement pour les personnes qui sont au chômage ?

Je vous remercie d’avance pour vos réponses.

 

Réponse du ministre

Madame la Députée, comme vous le soulignez, le lien entre le chomage et certains problèmes de santé a été démontré dans de nombreuses études scientifiques. Comme le souligne un rapport de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, en France : « Le cumul des facteurs défavorables relevants de variables
interdépendantes et agissant en synergie entraîne une détérioration de l’état de santé, aussi bien physique que
psychique, des incapacités et des handicaps divers, conduisant souvent à une mort précoce pour les chomeurs, les travailleurs précaires et les salariés non qualifiés ».

Ce traumatisme social peut donc provoquer une perte de l’estime de soi. Bien sûr, l’intensité de ces troubles dépendra de chaque personne, de ses capacités de résilience et sera aussi fonction de son environnement. En plus de pousser une personne dans la précarité, le manque de revenus peut provoquer des problèmes de vie privée et aboutir à l’isolement.

De façon plus générale, les liens entre l’inactivité et les maladies cardio-vasculaires sont également bien connus.

En Wallonie, nous avons plusieurs sources de données qui confirment ce lien entre chomage et santé.
En plus des données provenant de services de santé mentale que vous citez, la Wallonie dispose également des données provenant des Relais santé sur les difficultés de santé rencontrées par le public très précarisé qu’ils aident.

Sans rentrer dans les détails, je citerai deux autres sources de données importantes : l’enquête nationale de santé par interview, réalisée par l’Institut de santé publique et financée en partie par la Wallonie et l’IWEPS qui dispose également de données mettant en évidence le lien entre revenus, conditions de travail et état de santé des Wallons.

Pour que ces personnes, fragilisées par une situation professionnelle précaire ou une perte d’emploi, puissent
bénéficier de soins de santé mentale, je veille à ce que les services offrent une réelle accessibilité. C’est pourquoi la faiblesse des revenus ne peut être un frein aux soins et la gratuité est possible dans les services de santé mentale. L’importance de la proportion d’allocataires sociaux dans ces services témoigne de l’accessibilité de ces services pour les plus démunis.

Je veillerai d’ailleurs à soutenir et, si nécessaire, à renforcer l’accessibilité des services de santé mentale non seulement pour les plus démunis au niveau matériel mais aussi pour les personnes qui présentent le plus de
problèmes en matière de santé mentale ou d’assuétudes.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire au sein de cette commission, en tant que ministre de la Santé et de
l’Action sociale, il m’importe de lutter contre les inégalités sociales de santé et de veiller à l’accessibilité des soins de qualité pour tous, que ce soit via l’organisation de la première ligne de soins, le soutien au secteur associatif prenant en charge les personnes les plus précarisées ou encore par le biais du Plan wallon de prévention et de promotion de la santé qui place la lutte contre les inégalités sociales de santé comme objectif stratégique transversal.

 

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