Le taux élevé de suicide en Wallonie

Le taux élevé de suicide en Wallonie

Question écrite du 9/02/2017

  • De LEAL LOPEZ Clotilde
  • à Prévot Maxime, Ministre des Travaux Publics, de l’Action Sociale, de la Santé et du Patrimoine

Monsieur le Ministre,

Une étude récente de Solidaris et du Centre de Prévention « Un Pass dans l’Impasse » a révélé que le nom-bre de décès par suicide était deux fois plus élevé en Wallonie qu’en Europe.

Dans notre pays, environ 5 personnes par jour décideraient de mettre fin à leurs jours volontairement (dont 2 en Wallonie). Les tentatives de suicide, elles, sont 18 fois plus nombreuses. Le suicide serait même la première cause de mortalité chez les 25-44 ans et la deuxième auprès des 15-24 ans. Ce constat est aussi triste qu’inquiétant.

Lutter contre le suicide n’est pas chose aisée, tant les facteurs menant à cet acte sont vastes et purement individuels.

Toutefois, plusieurs initiatives probantes ont déjà été mises en place comme les centres de télé-accueil accessibles 24h/24 via un numéro gratuit. Les centres de prévention et les lignes d’écoute ne chôment pas et sont d’ailleurs en recherche constante de bénévoles. En effet, pour la Wallonie, ce sont près de 9.000 appels de détresse qui ont été reçus en 2016. Des centres de préventions destinés à des publics-cible ont même vu le jour, comme le centre Agricall, mis en place pour les agriculteurs en détresse.
Monsieur le ministre,

À la lecture de chiffres évoqués ci-dessus, je m’interroge à plusieurs égards concernant votre futur plan de prévention et de promotion de la santé:
– Qu’en sera-t-il plus précisément de l’axe concernant la prévention au suicide? Pouvez-vous nous en ex-poser les grandes lignes?
– Quels seront les domaines d’action privilégiés qui permettront d’agir en amont ?
– Comment la lutte contre les assuétude et les problèmes de santé mentale seront-ils inclus dans la réflexi-on?
– Enfin, quelle est l’aide apportée aux centre de prévention et d’écoute? Un soutien supplémentaire est-il prévu par la Région dans un futur proche?

 

Réponse du ministre

Comme j’ai déjà été interrogé récemment à plusieurs reprises sur le même thème, je reprendrai ci-dessous des éléments de ces réponses.

Les chiffres que cite l’honorable membre ne proviennent pas de Solidaris, mais de l’Observatoire Wallon de la Santé, c’est-à-dire de l’AViQ. Des données plus complètes et d’autres liées à la santé mentale des Wallons sont d’ailleurs disponibles dans la toute récente publication de l’Observatoire wallon de la santé : les « Indicateurs de Santé mentale en Wallonie ».

Les constats épidémiologiques sur le suicide sont effectivement très préoccupants puisque le taux de mortalité par suicide en Wallonie est un des plus élevés d’Europe. Pourtant, le taux en Wallonie a baissé entre 1987 et 2013, surtout chez les hommes où il est passé de 42 à 31 décès pour 100.000 habitants. Chez les femmes, la diminution est moins spectaculaire passant de 14 à 11 décès pour 100.000 habitants. Néanmoins, cette évolution se retrouve dans l’ensemble de l’Union européenne et le taux reste particulièrement élevé en Wallonie.

Comme le signale l’honorable membre, le taux de suicide est particulièrement difficile à expliquer, car de nombreux facteurs (sociaux, psychologiques, culturels et sociaux) peuvent interagir. Parmi les facteurs de risque, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) cite « les troubles mentaux (dépression, troubles de la personnalité, dépendance à l’alcool ou schizophrénie, par exemple), certaines maladies physiques comme les troubles neurologiques, le cancer et l’infection au VIH. » Enfin, notons que, toujours selon l’OMS, le taux de suicide est particulièrement élevé dans les groupes victimes de discrimination.

Les facteurs socio-économiques jouent certainement un rôle également, mais ils ne sont pas les seuls, car, si elle regarde les chiffres disponibles sur le site de l’OMS, elle verra que de nombreux pays ont un taux de suicide nettement moins important que le nôtre alors que, non seulement, ces pays sont moins bien lotis que nous au niveau socio-économique, mais, en plus, certains ont même connu des problèmes économiques majeurs ces dernières années. Je pense à la Grèce et à l’Espagne, par exemple.

L’Organisation Mondiale de la Santé insiste sur le fait qu’il est possible de prévenir le suicide et que des outils efficaces existent (même si certains outils impliquent d’autres autorités que celles de la santé) comme les actions suivantes :
– la limitation des actes impulsifs en limitant les occasions et moyens létaux (sécurisation des endroits où les suicides sont fréquents, restriction de l’accès aux armes à feu, contrôle de l’accès à certains médicaments et pesticides) ;
– la sensibilisation des médias au contenu des messages qu’ils diffusent sur le suicide (parler d’une personne célèbre qui s’est suicidée peut en effet créer un effet de contagion et entraîner d’autres personnes à se suicider, ses fans par exemple) ;
– la création d’un Plan national sur le suicide avec les différentes autorités impliquées.

La Wallonie a cependant déjà mis en place une série de mesures qui permettent de lutter contre le suicide de manière directe ou indirecte :
– la prise en charge des problèmes de santé mentale et de consommation de substances psychoactives ;
– la formation des professionnels à la prise en charge des personnes qui ont commis une tentative de suicide ;
– l’offre d’aide aux personnes qui ont fait une tentative de suicide.

Ainsi, dans la prise en charge des détresses psychologiques, je subventionne les services de santé mentale accessibles sur l’ensemble du territoire wallon ainsi que les centres de téléaccueil accessibles à toute la population. En matière de suicide, ces centres de téléaccueil sont importants par l’écoute inconditionnelle qu’ils offrent 7 jours sur 7 et 24h sur 24, via un numéro d’appel gratuit. Les cinq centres wallons fonctionnent grâce à la collaboration de nombreux volontaires, sélectionnés et formés par des professionnels. Ces volontaires sont environ 60 par centre, c’est-à-dire grosso modo 300 pour toute la Wallonie. Chaque centre dispose, en outre, de plusieurs équivalents temps plein pour l’organisation du centre ainsi que pour la formation et la supervision de l’activité d’écoute des collaborateurs.

De manière plus spécifique, je soutiens le centre de prise en charge « Un pass dans l’impasse » qui offre un lieu d’écoute aux personnes directement ou indirectement confrontées au problème du suicide.

Le Centre de Référence Info-Suicide ou CRIS, quant à lui, a notamment pour mission l’observation des pratiques du secteur et la récolte d’informations sur la thématique du suicide. Ce centre aide aussi les professionnels via la promotion de formations, via des réunions de concertation et la diffusion de données spécialisées.

Mon Plan de prévention et de promotion de la santé comporte en effet un axe relatif à la prévention du suicide. Ce Plan sera décliné en deux parties. La première reprend une analyse du contexte institutionnel et épidémiologique en Wallonie. Cette analyse déjà finalisée a permis de définir les priorités de santé publique de manière objective et cohérente et non pas en fonction de priorités subjectives ou de sensibilités politiques.

Les travaux de la deuxième partie du plan vont démarrer. Ils seront consacrés à l’opérationnalisation des priorités avec les acteurs de terrain. Ce travail considérable prendra plusieurs mois et il sera réalisé grâce à la collaboration, nécessaire, avec la Fédération Wallonie-Bruxelles pour ce qui concerne le public des plus jeunes, le milieu scolaire, les centres psychomédicosociaux, mais aussi avec l’Aide à la jeunesse. Les mesures concrètes seront proposées au Gouvernement wallon pour la fin de cette année. C’est l’objectif que j’ai assigné à mes équipes.

En matière de suicide, ce Plan de prévention est, à mes yeux, doublement important, d’abord, parce que la prévention du suicide est un des axes du plan et, ensuite, parce que le plan cible les déterminants de la santé, dont certains représentent un facteur de risque du suicide (comme la consommation excessive d’alcool et les problèmes de santé mentale).

Comme je l’ai déjà signalé, la Région wallonne a depuis longtemps développé une politique de santé mentale et assuétudes, globale et intégrée, qui vise à couvrir tout le territoire pour pouvoir atteindre les personnes qui en auraient besoin.

En conclusion, j’ai donc pleinement conscience que le suicide représente un problème majeur de santé publique et que sa prévention, comme le souligne l’OMS, est devenue prioritaire.

Tout comportement suicidaire ne peut être banalisé, mais doit, au contraire, être pris au sérieux et faire l’objet d’un suivi. À ce niveau, une des meilleures préventions du passage à l’acte est le lien social : l’écoute bienveillante et l’attention à l’autre.

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