L’agroécologie

L’agroécologie

Question écrite du 29/05/2017

  • De C. Leal Lopez

  • Au Ministre René Collin, en charge de l’Agriculture

 

Monsieur le Ministre,

Récemment, Miguel Alteri, agronome, professeur à l’université de Berkeley et fondateur des prin-cipes de l’agroécologie, était en visite en Belgique et plus précisément dans le Condroz, lors d’une formation organisée par Agrotopia.

Pour ce spécialiste, notre agriculture doit changer de visage. En effet, en 30 ans, la Belgique a perdu 63% de ses fermes et chaque année, une soixantaine d’agriculteurs quitte la profession. L’agroécologie, vue comme un projet de transition, est considérée par de nombreux spécialiste comme l’une des solutions d’avenir pour l’agriculture.

L’agroécologie développée par Miguel Alteri n’utilise ni pesticides ni engrais synthétiques. Selon ce modèle, fini les monocultures. Les fermiers cultivent surtout de petites parcelles, de variétés différentes et muées en écosystèmes sains. Le modèle favorise également les circuits courts.

Pour Migue Alteri, le modèle agricole belge est à améliorer. Il pointe surtout les jeunes fermiers qui rencontrent souvent de sérieuses difficultés pour avoir accès à la terre. Or, la plupart des agri-culteurs sont vieillissants. Pour lui, il est urgent de trouver un moyen de facilité l’accès à la terre des plus jeunes et d’en faire une priorité.

Monsieur le Ministre,

– Que pensez-vous du modèle développé par ce spécialiste et de son constat concernant notre agri-culture?
– Comment pourrait-on aider encore davantage ces jeunes agriculteurs pour favoriser leur accès à la terre?

Je vous remercie d’avance pour vos réponses.

 

Réponse du Ministre R. COLLIN 

 

L’agroécologie fait partie des réflexions sur une agriculture plus durable, plus soucieuse de l’environnement et des attentes alimentaires. Le modèle agricole qui a prévalu jusqu’ici est remis en question essentiellement du fait de l’évolution de notre agriculture dans la seconde moitié du 20e siècle, marquée par une décroissance du nombre d’agriculteurs, leur vieillissement et le peu de reprises d’exploitations. Ce mouvement dépasse le cadre européen.

L’agroécologie est un concept en évolution qui recouvre des idées, approches, conceptions différentes. Miguel ALTIERI, agronome de nationalité chilienne et américaine, en est une figure importante. Il a une approche scientifique avec une vision centrée sur le fonctionnement des agroécosystèmes et leur pilotage, basé sur 5 points : l’entretien de la matière organique et de l’activité biologique des sols, le recours aux mécanismes naturels de contrôle des ennemis des cultures, la préservation des ressources, le renforcement de la biodiversité et la valorisation des interactions biologiques.

J’adhère au respect de ces principes. De multiples projets que je soutiens en témoignent. Nos agriculteurs sont déjà engagés dans cette voie : moins de pesticides et d’engrais de synthèse, plus de couverture en succession et en association, plus d’autonomie alimentaire et énergétique. Le modèle n’est cependant pas transposable tel quel. Revenir à des petites parcelles n’est pas toujours réaliste. Le défi sera de conjuguer différentes approches possibles, en regard de la complexité et des spécificités de notre agriculture.

L’agroécologie est une approche crédible. Son application nécessite la production de résultats et de références. Il faut une recherche décloisonnée tant au niveau disciplinaire, qu’au niveau partenariat et interactivité avec les praticiens. L’organisation de la recherche en Wallonie et du Centre wallon de Recherches agronomiques a été repensée dans ce sens. Les efforts se poursuivront.

Une autre approche, déjà bien développée, est celle de l’agriculture biologique. Mes objectifs ambitieux pour son développement répondent à la progression de la demande du marché. Je n’ai pas d’à priori idéologique, ni d’exclusive. Le concept d’agriculture écologiquement intensive, à la base du Code wallon de l’Agriculture, rentre lui aussi dans la même optique.

Il serait sans doute irréaliste de penser que l’une ou l’autre forme d’agriculture soit à même de résoudre le problème d’accès à la terre des jeunes. C’est pourquoi j’œuvre aussi à mettre sur pied des politiques spécifiques et ciblées. Après l’adaptation des droits de transmission des entreprises, de nouvelles perspectives s’ouvrent avec la mise sur pied de la Banque foncière et la révision de la Loi sur le bail à ferme. C’est également au niveau européen que je reste attentif à toute évolution de la Politique agricole commune pour qu’elle apporte des réponses efficaces.

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