La campagne “No Hate”

La campagne “No Hate”

Question orale du 21/02/2017

  • De LEAL LOPEZ
  • à SIMONIS Isabelle, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances

Madame la Ministre, vous avez récemment rencontré, en compagnie du ministre-président Rudy Demotte, des jeunes en formation dans le cadre de la compagne européenne «No Hate». Ces jeunes apprennent, par divers mécanismes, à déconstruire les discours de haine sur Internet. Depuis 2013, des associations et des citoyens, engagés dans la campagne «No Hate», mènent des actions de sensibilisation dans plus de quarante pays. En Fédération Wallonie-Bruxelles, ce projet est réalisé en partenariat avec le Bureau international jeunesse, en collaboration avec des associations de terrain. L’objectif est de contrer les messages de haine et de permettre à des jeunes de douze à dix-sept ans de travailler, en binôme, avec un adulte de leur choix: éducateur, parent, professeur, CyberCRACCS senior, formateur… Nous savons que certains comportements de harceleurs conduisent à des problèmes psychologiques et, dans certains cas plus graves, à des suicides. Il est donc important d’accompagner les jeunes et de leur apprendre à se prémunir. Nous avons déjà eu l’occasion de discuter de la possibilité de déterminer l’âge avant lequel les jeunes ne devraient pas accéder aux réseaux sociaux.

Le Parlement européen a adopté un règlement général sur la protection des données qui doit entrer en vigueur en 2018. Le texte prévoit des mécanismes spéciaux de protection des enfants, notamment celui qui précise qu’en dessous d’un certain âge, les enfants doivent solliciter l’autorisation parentale pour pouvoir ouvrir un compte sur les réseaux sociaux, dont Facebook. Dans ce contexte, Madame la Ministre, nous souhaitons revenir avec vous sur ce dossier. Depuis le début du projet, combien de jeunes ont-ils été formés en Fédération Wallonie-Bruxelles? Sur quelle base ces jeunes sont-ils choisis? Quel est le rôle du délégué général aux droits de l’enfant dans ce partenariat? Près de 82 000 euros sont annuellement consacrés à ce projet, pouvez-vous nous préciser la répartition de ces moyens? Vous aviez l’ambition de solliciter l’avis d’instances de la jeunesse sur la limite d’âge. Avez-vous reçu une réponse de leur part? Je pense notamment au Conseil de la jeunesse – dont on connaît les difficultés –, mais aussi à la Commission consultative des organisations de jeunesse ou encore à la Commission consultative des centres et maisons de jeunes. Le ministre-président devait recueillir l’avis du délégué général aux droits de l’enfant. Quel est son point de vue sur cette question?

 

Réponse de la ministre 

La campagne «No Hate» vise à accompagner les jeunes de la Fédération Wallonie-Bruxelles dans leur apprentissage d’une cybercitoyenneté active et critique, créative et solidaire. Elle permet également de fournir à des éducateurs, des parents ou des professeurs des ressources pédagogiques afin de développer des actions de sensibilisation aux discours de haine. Il s’agit donc d’une campagne de sensibilisation en tant que telle qui se donne notamment pour objectif de réduire les seuils de tolérance vis-à-vis des discours de haine. À ce stade, la campagne «No Hate» ne prévoit pas de collaboration particulière avec les réseaux sociaux. La formation «CyberCRACCS» fait partie des outils de la campagne. À l’issue de celle-ci, je souhaiterais qu’une centaine de jeunes rejoignent le réseau des cybercitoyens, notamment via des modules de formation en ligne qui seront proposés sur ce site. La formation dispensée l’année dernière par les formateurs du Conseil de l’Europe a bénéficié à une trentaine de jeunes sélectionnés sur la base d’un appel à candidatures. Les «CyberCRACCS» juniors ont également été sélectionnés sur la base d’un appel diffusé via les canaux de communication du Bureau international jeunesse. Neuf binômes ont participé à la journée du 28 janvier, six à la journée du 12 février. Leur programme de formation, plus spécifique, a été mis sur pied en collaboration avec le délégué général aux droits de l’enfant qui s’est assuré, dans le dispositif, de préserver l’intérêt des enfants. Une évaluation de cette formation a eu lieu le lundi 13 février et celle-ci semble très positive. Les participants ont indiqué se sentir plus aptes à réagir à des situations problématiques rencontrées sur Internet ainsi qu’à donner des conseils à leurs pairs. La formation de formateurs a également permis d’outiller des professionnels qui font à présent partie d’une équipe que toute personne concernée par la thématique peut solliciter en fonction de ses besoins. L’objectif est que cette expertise puisse se transmettre et se démultiplier lors des différentes interventions. La campagne est subventionnée à hauteur de 82 000 euros en 2016 et en 2017, répartis comme suit: 41 000 euros pour les frais de promotion, de publication et de formation générés par la coordination et l’organisation de la campagne et 41 000 euros pour assurer la prise en charge du traitement de la coordinatrice recrutée par le Bureau international jeunesse. Je m’étais engagée à solliciter l’avis du Conseil de la jeunesse sur la limite d’âge pour l’accès aux réseaux sociaux. Il m’a fait parvenir sa position unanime sur le dossier le 2 août 2016. Pour lui, limiter n’est pas éduquer.

Le ministre-président a, quant à lui, sollicité l’avis du délégué général aux droits de l’enfant qui n’a pas remis d’avis formel. M. De Vos a cependant exprimé son point de vue au cours d’une réunion de travail. Les deux instances convergent en exprimant un avis négatif sur le rehaussement de l’interdiction à seize ans. Les arguments avancés sont les suivants. Le rehaussement de l’âge minimal d’accès aux réseaux sociaux est irréaliste si nous tenons compte qu’actuellement, la limite des treize ans est loin d’être respectée. En outre, l’approche est réductrice, car elle n’envisage que l’aspect négatif de l’utilisation des réseaux sociaux et néglige ainsi le potentiel de développement personnel et citoyen de l’enfant ou du jeune. Il serait dès lors plus pertinent d’encourager une approche préventive de l’éducation aux médias plutôt que de mettre en place une interdiction. À cet égard, je vous informe que je travaille actuellement à l’élaboration d’un plan comprenant plusieurs actions nouvelles au bénéfice du secteur de la jeunesse en matière d’éducation aux médias. Enfin, il ressort des contrats que j’ai pu avoir avec UNIA que les statistiques concernant les signalements en 2016 ne sont pas encore publiées – même si son directeur en évoquait quelques-uns ce matin. Nous disposerons des chiffres définitifs pour 2016 qu’au mois de juin prochain. J’imagine que son directeur fera un plaisir de les présenter à notre commission.

 

Réplique de Clotilde Leal-Lopez

À l’heure actuelle, dans les faits, force est de constater que les treize ans ne sont souvent pas respectés. Néanmoins, l’important est d’accompagner les jeunes pour qu’ils soient encadrés et puissent trouver des réponses. Par ailleurs, je trouve que le nombre de jeunes ayant suivi cette formation est encore assez faible. Ne serait-il pas envisageable, d’une manière ou d’une autre, de mettre en place un partenariat avec les mouvements de jeunesse?

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